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Les globetrotters du volley pro ont assuré leur futur métier

A Chaumont, les carrières du Français Baptiste Geiler et des deux Américains Taylor Averill et Michael Saeta illustrent comment deux itinéraires radicalement différents permettent de pratiquer au plus haut niveau, tout en préparant son avenir professionnel.

Le volley-ball est depuis son origine un des sports favoris des écoliers et étudiants. Prévu pour six joueurs dans chaque équipe, il peut se pratiquer avec des effectifs variables, en plein air ou en salle, et jusqu’à un âge relativement avancé. Il n’entraîne pas de contacts violents, rarement de graves blessures, et permet d’avoir une activité physique assez peu exigeante, tout en favorisant la solidarité et l’expression des qualités mentales d’une équipe.
C’est la raison pour laquelle les clubs universitaires (Paris, Montpellier) ont longtemps brillé dans le championnat de France masculin, et d’autres formations phares de grandes métropoles (notamment de la banlieue parisienne) ont pu puiser leurs effectifs dans le vivier des étudiants. Par ailleurs, les clubs du sud du pays (Cannes, Fréjus, Sète) ont aussi prospéré grâce à un climat attractif, favorisant la pratique en plein air.
Longtemps, les meilleurs volleyeurs devaient abréger leur carrière pour préparer leur reconversion professionnelle. De nos jours, le volley-ball est devenu un sport pro, où il n’est plus rare de voir des joueurs en activité jusqu’à la quarantaine.
Le championnat de France est un point de rencontre entre jeunes talents français et étrangers. Il offre un bon cadre pour se lancer au plus haut-niveau en procurant des rémunérations correctes et se faire remarquer pas les meilleurs clubs européens.
Ces talents partent souvent ensuite rejoindre les riches et prestigieuses formations des pays d’Europe de l’Est ou d’Italie, avec lesquelles les clubs français ne pouvent lutter financièrement.

Chaumont, marchepied pour le haut niveau

Dans l’Hexagone, les collectivités et les sponsors peuvent consacrer des budgets raisonnables pour aider les clubs, car les vedettes y sont rares et les effectifs relativement restreints. Les règles ont évolué pour permettre une meilleure exposition TV, et rendre le jeu plus court et plus attractif. Et on voit désormais des clubs parvenir au meilleur niveau national, voire international, sans s’appuyer sur le vivier universitaire, comme l’ont fait Ajaccio ou Chaumont.
Bien que dépourvue d’un centre de formation, d’un vivier universitaire et d’une grande salle, Chaumont, la préfecture de Haute-Marne (40 000 habitants), a pu créer depuis 1996 un club masculin performant, champion de France en 2017 et finaliste en 2018. Le président Bruno Soirfeck et l’entraîneur italien Silvano Prandi savent attirer des joueurs français et étrangers, qui parviennent à monnayer leurs talents en véritables professionnels. Avant de s’engager dans la reconversion pour laquelle ils se sont préparés.
L’international français Baptiste Geiler (31 ans) a suivi le parcours typique d’un joueur français de haut niveau. Baignant dès le plus jeune âge dans le monde du volley (142 000 licenciés en France) grâce à ses parents, il a intégré le pôle Espoirs, puis le Centre national du volley-ball de Montpellier de 2004 à 2007. Progressivement, il a pu accéder à l’élite, sans jamais mettre ses études de côté, grâce à une formation à distance avec l’aide fédérale.
En France, la Fédération fait évoluer les jeunes joueurs pas à pas. D’abord en intégrant des centres de formation, puis en devenant aspirants professionnels avant de signer le premier contrat. L’équipe du Centre fédéral participe au championnat pro de Ligue B. Sans possibilité de relégation ni de promotion, afin que les jeunes talents terminent leur formation sans subir la pression du résultat.
Baptiste Geiler a quitté Montpellier pour l’Arago Sète, avant d’évoluer en Allemagne, puis en Italie, et de revenir en France à Poitiers, puis Chaumont. Quand il raccrochera, il aura éventuellement la possibilité d’achever son cursus de formation, avant d’entrer dans une nouvelle forme de vie active.

Payés pour rembourser leurs études !

Pour leur part, ses coéquipiers américains Taylor Averill (26 ans) et Michael Saeta (24 ans) ont déjà achevé leur formation avant de devenir volleyeurs pros. Saeta détient un diplôme en économie tandis qu’Averill a suivi des études de commerce.
Ils ont rejoint l’université à l’âge de 18 ans après avoir effectué un parcours scolaire classique. Leurs capacités physiques les ont alors orientés vers le volley-ball. Par défaut pour Averill, qui préférait le basket, et par plaisir du jeu pour Saeta, qui s’était essayé plus jeune à de nombreux autres sports.
Le volley-ball compte 365 000 licenciés aux Etats-Unis, où il ne figure pas parmi les disciplines majeures, tout en étant le plus populaire chez les jeunes filles à l’école et en collège. Mais la pratique et la compétition au sein des universités ont une place majeure dans le paysage sportif, car les supporteurs soutiennent toute leur vie les couleurs sous lesquelles ils ont eux-mêmes évolué. Tous sports confondus, les finales universitaires sont suivies chaque année par des centaines de milliers de spectateurs. Près de 10 000 pour la dernière finale de volley, jauge que n’atteignent jamais les matches joués en France au plus haut niveau.
Si cette formation offre une renommée certaine et un haut niveau de performance sur le plan sportif, elle a également un coût élevé et représente un risque financier réel en cas d’échec.

La majorité des jeunes volleyeurs talentueux sont contraints de s’exiler pour pouvoir rembourser les emprunts souscrits pour leurs études, quand leur fortune personnelle ou la bourse perçue ne couvrent pas entièrement les frais de formation. Celle-ci se monte à plusieurs milliers de dollars, mais oblige le joueur à rester amateur. C’est le paradoxe du système nord-américain : la compétition universitaire est traitée sportivement et médiatiquement comme si elle était professionnelle. Mais ses acteurs restent en théorie des amateurs, bien que s’entraînant et vivant à un rythme de pro !

Arrivé de Milan, Taylor Averill partage avec Michael Saeta, qui démarre sa carrière pro à Chaumont, et Baptiste Geiler le rêve de participer aux Jeux Olympiques de 2020 avec leurs sélections. Si ces joueurs vont à Tokyo, les bons résultats obtenus avec Chaumont n’y seront sans doute pas étrangers.

Gérald CHAPUT